samedi 31 janvier 2009

Blue Medecine

Pour marquer l'histoire de la musique indépendante de façon indélébile, il n'y a pas trente-six solutions. Il faut innover. Partir de presque rien pour trouver presque tout. Ou au moins donner l'impression de ne rien devoir à personne. A la façon de ce groupe venu du fin fond de l'Angleterre en l'an 1994 et qui, paré d'une modestie étonnante, parvient à surprendre tout le monde. Moi y compris. Le son qui se dégage de Dummy est irrésistiblement ensorcelant, au début on prête vaguement l'oreille et curieusement on s'aperçoit qu'on ne parvient plus à s'en défaire. C'est comme un cadeau empoisonné. A la manière d'un puits sans fond, rien ne porte à la consolation dans cette musique sombre comme le bleu de la pochette. Au milieu de cette mélancolie saisissante, la voix claire de Beth Gibbons émerge comme pour mieux nous maintenir à la surface. Comme lors de ce concert, auquel j'ai assisté, et durant lequel la dame semblait chanter pour mieux nous faire oublier le son tourmenté au milieu duquel elle donnait l'impression de se débattre. Dans cette lutte sonore, on pouvait deviner que la bataille était perdue, que ses démons la poursuivraient longtemps encore et qu'elle resterait ce mannequin originel qui l'a vu naître. Un mannequin obstinément voué à servir une musique douloureusement consolante.

Portishead "Dummy"

3 commentaires:

  1. Beth Gibbons, mélancolique ? J'aurais plutôt dit hypnotique. Nulle mélancolie dans l'expérience de l'hypnose, mais le surgissement brut de la connaissance par la parole explorée en profondeur. Raison de plus pour glisser le disque dans la platine et tendre l'oreille.
    LiB

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  2. L'un des disques qui m'a le plus marqué.
    A l'époque, ils inventaient vraiment quelque chose (ils continuent de le faire, d'ailleurs) : une mélancolie poisseuse sur des tapis de beats et de scratchs qui inviteraient à danser ... en restant vautré (scotché, littéralement) sur le sofa. Précisons enfin que ce disque s'apprécie d'autant mieux en vinyl, bien sûr.

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