samedi 24 octobre 2009

Airlock Sounds

La vie est ailleurs écrivait celui qui aurait pu -s'il en avait eu le temps, le loisir ou le talent -, transcrire en musique cette évidence aussi paradoxale que rassurante. Car qui peut vouloir avoir envie de nier qu'être ici et ailleurs n'est qu'un désir réservé aux rêveurs éveillés, de la trempe de ceux que l'on aperçoit parfois, le regard plein et vague, mais toujours encore éclairé par quelques lueurs salvatrices. C'est finalement au don d'ubiquité que nous convie cet opus dénué de mots mais bourré de sons bioactifs parfaitement tolérés par tout organisme en manque manifeste de mobilité. D'un titre à l'autre, on visite mille paysages d'où l'on parviendra toujours à distinguer la ligne d'horizon, ce qui aura pour effet de nous maintenir longtemps dans un état de ravissement serein, sans jamais rien savoir de la destination finale. Les titres sont construits de façon telle qu'il n'est pas de repérage possible, on ne saura jamais où l'on va ni où l'on est. Le sas musical où l'on se trouve pris est parfaitement hermétique et étonnamment conçu pour nous faire oublier jusqu'à d'où l'on vient. La vie est ailleurs vous dis-je, essayez, vous n'en reviendrez probablement jamais.

Caroline Duris Metatechno, " Other Dream "

jeudi 9 juillet 2009

Grey Light Time

Voici un disque que le hasard - auquel je ne crois pas - aura mis entre mes oreilles un clair après-midi de juin. Rien de bien nouveau dans ce que nous propose cette jeune new-yorkaise, qui fut manifestement envoûté par sa guitare aussi précocement que je le fus par la musique. User ou abuser du charme évident de la jeune fille, - qu'elle aura réussi à placer et dans sa voix et dans sa personne -, me semble bien être les seules options valables. Et c'est tant mieux, car on ne sera pas déçu de s'être allé promener le long des quelques titres qui campent sagement cet album. Dans une veine folk intimiste, on pense à Emily Jane White, qui pour l'occasion donne l'impression de s'être incarnée momentanément en la personne de Kesang Marstrand, même si cette dernière demeure dans un répertoire plus conventionnel et moins personnel que son aînée.
La simplicité des compositions aidant, on aura le sentiment d'évoluer dans un espace exclusivement réservé aux humeurs grises, de celles qui donnent l'impression que le temps s'est arrêté et qu'il serait vain de lui imputer le cours des choses. D'ailleurs, la pose campée par la jeune femme sur la pochette ne suggère pas autre chose, alors, pourquoi lutter ...

mercredi 24 juin 2009

Black Brightness

A l'écoute du dernier opus de l'ami Perkins, on se dit, -presque de façon convenue - que le noir n'aurait probablement jamais eu cet éclat si l'homme n'avait pas eu à traverser les sentiers iniques d'une forêt aussi troublée que funeste. Impossible en effet de ne pas se prendre à rêver à cet arc-en-ciel, dont il est question dans le titre d'ouverture et dont pourtant - au-delà des trois couleurs primaires qui font la joie des sens heureux-, on ne retiendra que le noir. Qui à force de profondeur, nous apparaîtra finalement sous la bannière d'une nappe aussi lumineuse que la toile qui semble avoir été accrochée sur la pochette, comme pour nous prévenir. Si le chemin est escarpé, il est aussi bordé de richesses insoupçonnées pour qui sait seulement les voir. L'issue paraît donc certaine et l'enfer pavé des meilleures intentions, de celles qui auront l'avantage de nous transporter dans un autre ailleurs, qu'il n'est même pas besoin de nommer autrement que par "Chère contrée". Parce qu'après tout, pourquoi faire compliqué quand on sait qu'au final, rien ne vaut la clarté. Mais pour en être convaincu, encore faut-il y avoir été initié ...

dimanche 14 juin 2009

Art Size

Plutôt que de se fatiguer à chercher l'album rock le plus réussi de l'année 2008 ou encore de s'épuiser à élaborer des tops sans âme - la concurrence est rude -, il sera sans doute moins insignifiant de jeter une oreille tranquille sur ce que les Alamo Race Track ont discrètement combiné pour nous. Dans une pochette à l'image des ambitions de ce groupe mineur, avec néanmoins un don certain pour composer des mélodies fantastiques, on ne sera pas en reste, la fantaisie en plus. Si certains titres se trouvent être loin devant les autres, les premiers du lot suffisent amplement à instiller une sympathie naturelle pour le reste de la production.
C'est en tout cas ce qu'à leur écoute je m'étais mis à penser lorsqu'en rentrant chez moi j'avais songé à ce que j'écrirais plus tard les concernant. ART, quand tu nous tiens ...


Alamo Race Track, "Black Cat John Brown"

mardi 21 avril 2009

Safe Record

Voici un disque qu'il est conseillé d'écouter comme on prendrait ses cachets. Un formidable stimulant auditif efficace dès les premières prises, et aussi salvateur qu'une poignée d'excitants. Ce quintet Anglais n'a en effet pas lésiné sur les doses, sans doute pour être sûr de nous offrir un des meilleurs cocktails musicaux de la scène actuelle. Catalogué math rock, la musique des Foals a quelque chose de géométriquement parfait, aussi bien au niveau du tempo que de la rythmique, sans parler des mélodies, qui semblent avoir été spécialement composées pour nous anesthésier, le temps que le remède fasse son effet. Car après coup, il vous paraîtra difficile de vous détourner de la formule magique contenue dans cette pochette miracle. A l'image de ce titre Two Steps Twice qui, l'air de rien, nous indique une des milles marches à suivre en cas d'irrésolution caractérisée. Mieux qu'une équation à plusieurs inconnues, Foals est un concentré actif de solutions connues, un puissant énergétique sonore qui constituera un parfait dérivatif à vos problématiques les plus complexes. A prendre dès l'apparition des premiers symptômes. Santé !

Foals, "Antidotes"

samedi 4 avril 2009

Trip'N'Jazz Way

Celui-ci s'est fait attendre, allez savoir pourquoi...
Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été sollicitée sur le caractère incontestablement novateur de cet improbable ouvrage qui, jour après jour, n'a cependant réussi qu'à me cantonner dans un embarras grandissant. Ce n'est pas non plus faute d'avoir consciencieusement pris le temps d'écouter certains titres plus que d'autres. C'est encore autre chose. C'est mieux et moins que cela. C'est l'incrédulité qui fût la mienne lorsque je me mis à apprécier un son que je n'arrivais pas à détailler, qui avait le pouvoir de charmer mes sens, mais qui se dérobait toujours à la moindre tentative de critique raisonnée. Sans aide extérieure, je n'aurais probablement jamais pu vous livrer ce billet. Little Dragon est un savant mélange des genres, distillant un son par endroits suffisamment classieux pour se revendiquer jazzy, et par ailleurs résolument décontracté pour s'afficher trip-hop. Ajoutez à cela une voix au timbre délicatement soul, et vous obtiendrez au final un centon naturellement élégant, une sorte de petit bijou précieux à la fantaisie désarmante. Et si malgré tout le charme n'opère pas, c'est que manifestement vous n'êtes pas fait pour l'avant-garde.

Little Dragon, "Little Dragon"

samedi 28 mars 2009

Last Chapter

Une fois de plus je me suis laissée mener par le bout du nez, et plutôt que de faire les frais d'une trop grande complaisance, j'ai eu la chance - dans mon malheur - de ne pas avoir vainement cédé aux sirènes diaboliques de dame Shériff. Dès l'introduction, le titre The Story Won'T Persist In Being A Closed Book vous glace et vous transporte. C'est un coup de massue et un coup de maître, c'est un cri déchirant et un murmure étourdissant. C'est aussi sombre que désespéré, c'est presque aussi beau que tragique. La suite est plus enlevée et relève d'un tout autre registre, mais on y retrouve la voix claire et finement posée de son interprète. Dans une veine proche d'une PJ Harvey, on aura le plaisir de savourer les emportements de la dame qui donne soudain le sentiment de n'avoir plus de temps à perdre. C'est pourtant bien ce que le titre liminaire semblait vouloir présager. Et puisqu'après tout les jeux sont faits, qu'importe le prix pourvu qu'on ait l'ivresse ...

Laetitia Shériff, "Games Over"