samedi 31 janvier 2009

Blue Medecine

Pour marquer l'histoire de la musique indépendante de façon indélébile, il n'y a pas trente-six solutions. Il faut innover. Partir de presque rien pour trouver presque tout. Ou au moins donner l'impression de ne rien devoir à personne. A la façon de ce groupe venu du fin fond de l'Angleterre en l'an 1994 et qui, paré d'une modestie étonnante, parvient à surprendre tout le monde. Moi y compris. Le son qui se dégage de Dummy est irrésistiblement ensorcelant, au début on prête vaguement l'oreille et curieusement on s'aperçoit qu'on ne parvient plus à s'en défaire. C'est comme un cadeau empoisonné. A la manière d'un puits sans fond, rien ne porte à la consolation dans cette musique sombre comme le bleu de la pochette. Au milieu de cette mélancolie saisissante, la voix claire de Beth Gibbons émerge comme pour mieux nous maintenir à la surface. Comme lors de ce concert, auquel j'ai assisté, et durant lequel la dame semblait chanter pour mieux nous faire oublier le son tourmenté au milieu duquel elle donnait l'impression de se débattre. Dans cette lutte sonore, on pouvait deviner que la bataille était perdue, que ses démons la poursuivraient longtemps encore et qu'elle resterait ce mannequin originel qui l'a vu naître. Un mannequin obstinément voué à servir une musique douloureusement consolante.

Portishead "Dummy"

vendredi 30 janvier 2009

Fantastic Ballad

Si je n'avais pas assidûment fréquenté les salles obscures, je crois que je n'aurais jamais su apprécier ce disque à sa juste valeur. C'est clairement un disque de cinéma.
C'est la chevauchée fantastique transplantée dans vos écouteurs. C'est rapide, conquérant, et ça suppose de maîtriser sa monture mieux que jamais. C'est un disque de haute voltige, acrobatique, un truc qu'on savoure la tête en bas, en se balançant furieusement. Rien que pour les sensations, ça vaut vraiment le détour. On l'écoute au galop, avec la sensation d'être le maître du monde (The Age Of Understatement), sans pour autant oublier qu'on est mortel. Ce qui fera qu'on évitera de prendre trop de risques, histoire de ne pas mourir trop tôt, afin de pouvoir régner encore longtemps (My Mistakes Were Made For You). Quoi qu'il en soit, l'ensemble de l'album est une belle réussite, jamais en perte de vitesse, et toujours prêt à vous emmener faire un tour.

The Last Shadow Puppets, "The Age Of Understatement"

jeudi 29 janvier 2009

Absent Subscriber

Voici le disque qui m'a définitivement réconcilié avec mes Doc Martens, celui grâce auquel je comprends mieux la fascination qu'a pu exercer sur moi la musique underground des années 80. Celle qui passait en club notamment et qui faisait danser d'étranges personnages, tous plus excentriques les uns que les autres. C'est sans conteste un disque froid, septentrional même, mais paré de mélodies absolument fabuleuses. Un peu comme ces godillots sur lesquels se tenaient mes danseurs nocturnes, et qui n'empêchaient pas qu'on arbore les parures les plus sophistiquées. Les morceaux regorgent en effet d'instrumentations inédites et sont à la fois suffisamment longs et complexes pour finir par devenir parfaitement entêtants (Budapest ; Carrie Ann). Les voix sûres et détachées, comme hermétiques, ont ce pouvoir étrange de savoir vous hanter sans vous importuner. On écoute ce disque en étant absent à soi, aux autres, comme par enchantement.

Poni Hoax, "Poni Hoax"

mercredi 28 janvier 2009

Ride Collection

A l'école des hommages, on n'est jamais sûr de rien. On peut être tout à la fois sincère et n'avoir rien compris, ou parfaitement désinvolte, et avoir tout saisi. Là où l'exercice constitue un risque pour certains, il apparaît pour d'autres comme un véritable coup de génie. A l'image de ce titre d'Iggy Pop que les Siouxsie & The Banshees ont littéralement canonisé comme si de rien n'était. L'élève a ici définitivement dépassé le maître, qu'on laissera bien qu'à regret gisant sur le bas-côté. Pour entonner de plus belle "Oh the passenger how how he rides, oh the passenger he rides and he rides, he sees things from under glass, he looks through his windows eye". A cette allure, même si on n'est jamais sûr de rien, on a quand même l'intuition qu'il n'est pas question de regarder en arrière, que le compteur qui défile est une vraie bénédiction et que l'horizon qu'on aperçoit est une promesse. En attendant de se retrouver soi-même perdu quelque part entre le bitume et la naphte, on aura au moins eu la chance de voir défiler sous nos yeux mille et une images qui seront autant de clichés qu'on ajoutera à notre collection.

Siouxsie & The Banshees, "Through The Looking Glass"

mardi 27 janvier 2009

Delicacies

Cette belle au bois chantant qu'on dirait tout droit sortie d'un conte pour adolescents a l'avantage de posséder un organe vocal positivement réjouissant.
Fidèle à ses poses romantiques, ses compositions ont le don de vous emmener dans un endroit tenu secret, mais dont vous posséderiez les clés. A peine voilés par la mélancolie, mais toujours encore bercés par la ferveur, les quelques titres qu'on trouve sur cet album sont un ravissement pour l'oreille.
Usant du piano autant que de la guitare, le rendu est éclectique sans pour autant perdre de son unité. On pense à Hope Sandoval, à qui Miranda Lee Richards aurait subrepticement succédé sur le sol vénusien. Un astre parmi les étoiles qui vous apprend sans vous forcer, avec finesse et distinction, l'art et la manière d'être un fin gourmet.

Miranda Lee Richards, "Light Of X"

lundi 26 janvier 2009

False Prophet

Ce joyau prémillénariste a rejoint les rangs de ma géniale discothèque de façon totalement éhontée. Comme quoi même sans le sou, certains sont parfois prêts à braver tous les interdits pour vous honorer. Et si l'honneur est sain mais pas sauf, on prendra quand même à coeur et à cris d'écouter le fruit du larcin maudit. A une époque où le talent du très controversé Tricky avait un parfum de scandale, il paraissait dérangeant de goûter aux oeuvres d'un type tout droit sorti du ghetto. Même si son premier album Maxinquaye avait reçu un accueil élogieux, on n'en attendait pas moins la suite avec circonspection. On a bien fait d'attendre, car la suite, quoique beaucoup plus sombre, est une franche réussite. Toujours un peu à part mais jamais vraiment seul, l'homme sait s'entourer. La voix de Martina Topley-Bird lui sert ainsi de prétexte et de toile de fond pour dérouler d'inquiétantes litanies (Christian Sands; Tricky Kid; Makes Me Wanna Die), teintées d'onirisme et de regrets. Le présage est funeste, mais l'histoire est en marche, et le nouveau siècle à venir aura finalement réussi à faire mentir celui de qui on n'attendait plus rien et qui aura pourtant beaucoup donné.

Tricky, "Pre-Millenium Tension"

Unknown Prayer

Voici un folk band au moins aussi talentueux que discret. Visiblement désireux d'être pionniers, les trois garçons ont opté pour la confidentialité la plus stricte. C'est à peine s'ils se risquent à dévoiler leur identité. Un philosophe célèbre se plaisait à dire que les grands esprits avancent masqués. En voilà donc qui se font un plaisir d'appliquer le précepte à la lettre. Pas d'album donc, mais une poignée de titres parfaitement réussis. La voix est plombée, dense et sèche, comme saturée par un soleil éternel. Le débit est impassible, comme perdu entre le murmure, la prière et l'invocation. Il manque le souffle, ici on ne respire pas, on suffoque. Et aussi étrange que cela puisse paraître, on prend plaisir à rester là, étendu sur le sable du Nouveau Mexique, assommé par ces visiteurs étranges et messianiques, sans toit ni loi, aussi talentueux qu'anonymes.

The Pioneers Of Prime Time Tv.

dimanche 25 janvier 2009

Vapor Girl

Croisée au détour d'une soirée musicale plutôt réussie, je dois dire que l'univers de cette Californienne qui vous observe sans vous voir, avait tout pour retenir mon attention. Une allure d'abord, une voix ensuite. Une sorte de poupée mutine façonnée pour l'élégance mais résolument vouée à l'indépendance. Comme un voeu sur le point d'être exaucé pour être aussitôt abandonné, Brisa Roché déroute. Ses textes sont certes fouillés mais tout à la fois désordonnés. A mi-chemin entre la chanson de choix et le jazz classieux, l'album semble annexé par bien des influences.
Le titre Billionaire est une jolie réussite et de loin mon préféré. Il semblerait par ailleurs que le répertoire qui lui convienne le mieux soit celui dans lequel il lui sera toujours possible de changer de ton et d'histoire, sans jamais être obligée de se fixer. Une espèce de nomadisme musical qui laisse à l'auditeur le loisir de s'attarder, pendant que la dame aura déjà songé à changer de route ou de registre.

Brisa Roché, "The Chase"

Two Karat Boys

Cet album est la preuve par un qu'on peut faire du très bon rock à deux, qui plus est lorsqu'on est suédois et fier de l'être. Mieux, on peut être deux et avoir l'air d'être énervé pour quatre. Le rock de Johnossi fait donc double-emploi.
Non seulement il vous secoue une assemblée comme un seul homme, mais en sus il vous épargne d'avoir à vous perdre dans les noms de chacun des membres qui composent généralement un groupe.
Etre énervé donc, c'est tout un art. Car l'exercice, loin de consister à hurler sauvagement son mal-être existentiel, suppose de maîtriser certaines nuances dans l'emportement. D'abord les textes, qui sont certes rageurs mais tout de même joliment écris et pensés. La voix ensuite, qui passe facilement d'un ton grave à un ton plus aigu et qui bien que paraissant surgir du fin fond des entrailles de son propriétaire, donne l'impression d'être parfaitement maîtrisée. A ce titre 18 Karat Gold est un morceau de choix. Les mélodies aussi qui, loin d'être assénées, sont pour le coup tout à fait séduisantes. Bref, en deux mots comme en un, Johnossi c'est du rock énervé fait par des punks doués pour des personnes très raffinées.

Johnossi, "All They Ever Wanted"

samedi 24 janvier 2009

High Security

Instantanément, quand je pense à cet album, j'ai une image en tête. Un clip, plutôt. Celui devant lequel j'avais retrouvé un ami qui, après avoir passé l'après-midi à s'interroger sur la technique utilisée par Gondry, tout en se repassant copieusement les mêmes images avec un entêtement proche de l'hérésie, avait finalement réussi à me fasciner à mon tour. Dans notre folie commune, nous invoquions toutes sortes de procédés capables de rendre pareil résultat. On a je crois tout imaginé, sans grand résultat d'ailleurs. Si bien que je décidai pour ma part de le laisser à ses divagations, que je jugeais menaçantes pour mon équilibre mental, afin de plutôt m'attarder sur l'album. Le titre phare notamment, Protection, qui figure en ouverture, est un concentré de perfection trip-hop. On ne peut pas ne pas aimer ce son saturé de basses, qui vous berce profondément et qui vous maintient comme en apesanteur, sans jamais vous endormir totalement. Plus un coeur bat lentement, plus il est fort et puissant. Un peu comme ce disque, qui semble vraiment avoir été conçu pour notre sécurité.

Massive Attack, "Protection"

jeudi 22 janvier 2009

Sweet Revolt

Eté 95, sur les routes de France, la liberté n'a jamais eu ce goût. Chaque note de musique nous rappelle à quel point la vie est belle. Entre deux morceaux, notre joie redouble. Au lieu d'être pressés d'arriver, on a juste envie de se perdre. Sur une butte près de la route, on trouve une enclave, un terrain abandonné, déserté, sillonné par les roches. On s'installe, on savoure, on n'attend plus rien. La cassette passe, repasse, elle nous sert les mêmes refrains depuis notre départ. Plus loin, près de la frontière suisse, on se fera arrêter, on trouvera ça très drôle. Parce qu'on aura eu le temps d'apprendre tous les titres, et que s'imaginer les chanter au douanier, entre deux fouilles, ça nous amuse beaucoup. Mais on n'aura pas eu l'occasion de le faire, on aura coupé la sono et rangé nos mégots. Après tout, la vraie révolte est intérieure, presque aussi lumineuse et colorée qu'un tempo et au moins aussi sage et emportée qu'un solo.

Bob Marley, "Uprising"

mardi 20 janvier 2009

Night Promises

L'épisode berlinois touche à sa fin. Le mur s'est effondré et la chute a été consommée. Quelques années me séparent de la prochaine étape, mais j'oublie d'avancer. Avec quelques accords majeurs, Mazzy Star et ses démons me ramènent là où j'étais allée. Ce titre qui inaugure l'album Fade Into You est un puissant sédatif. C'est une chance que de pouvoir consommer sans modération un poison aussi redoutable. Mais aussi, c'est un privilège que de se le voir administrer par Hope Sandoval. Sans vouloir avoir l'air d'insister sur un aspect souvent jugé superficiel, je ne peux m'empêcher d'y voir l'effet d'un hasard heureux. Son profil sert si bien ses textes, qu'on voudrait pouvoir ne plus écouter autre chose. Mais c'est un disque auquel on reviens toujours, tôt ou tard. C'est un disque qui s'insinue lentement dans votre vie et qui y prend place sans bruit, qui vous promet beaucoup et qui ne vous déçoit jamais.


Mazzy Star, "So Tonight That I Might See"
A écouter également Hope Sandoval & The Warm Inventions, "Bavarian Fruit Bread"

lundi 19 janvier 2009

Berlin Time

L'ennui avec Bowie, c'est que d'album préféré, j'en ai pas. J'aurais pu, mais non. Je n'ai que des singles en tête. Les plus connus, les meilleurs, les plus mauvais, les plus poignants.
Bowie, c'est pas un disque, encore moins un "meilleur" disque, Bowie pour moi, c'est une époque.
Avec ses hauts, ses bas, ses nouveautés, ses privilèges, ses espoirs et ses désillusions. Et c'est aussi un film.
C'est le Berlin des années 70, le mur, une station de métro, une boite de nuit, un concert, le concert, un immeuble, Christiane, la dope, la jeunesse, l'ennui, la prostitution, la chute. C'est aussi un livre, dévoré dans la nuit. Alors c'est vrai, Bowie c'était gris, Bowie c'était triste, mais à seize ans, on trouve encore que la mélancolie, c'est beau. On se dit qu'on a toute la vie pour être heureux, alors on s'attarde sur des récits de pluie. Et comme la frontière n'est pas très loin, on passe facilement de l'autre côté, la musique nous porte, on n'a pas vraiment peur, on est au coeur du récit, notre idôle à nos côtés, ses plus beaux textes en tête.
C'est un tourbillon, une course, un retour en arrière, les années 70 mode années 80. C'est une bande originale et c'est fait pour être vu.

David Bowie, "Original Soundtrack, Christiane. F, Wir Kinder Vom Bahnhof Zoo"

samedi 17 janvier 2009

Think

A ce jour, je ne sais toujours pas s'il faut s'en remettre à la phonétique du nom, mais une chose est sûre, c'est que ce type a passé un temps considérable à penser. Ou du moins donne-t-il l'impression d'être particulièrement doué pour l'introspection. Rien qu'à voir la pochette, on l'imagine difficilement composer ses titres le nez en l'air, la bouche en coeur, l'humeur au vent. De la réserve, de la concentration et du sérieux. Voilà ce qu'il faut à ce cerveau génial pour produire des morceaux d'une qualité indiscutable. Sa particularité ou son tour de force, résident dans cette capacité à unir sous un même étendard deux écoles quasi-antagonistes. Le folk millénaire et l'électronique moderne. Plutôt que de chercher à renouveler un genre, Fink préfère en inventer un. Il n'est sans doute pas le premier à s'être risqué sur ces voies inconnues, mais je ne peux m'empêcher d'aimer sa musique hypnotique, par moment saccadée, presque transcendante, et qui, soutenue par des textes à l'avenant (Trouble's What You're In; Blueberry Pancakes; Under The Same Stars) et une voix oscillante, un brin rocailleuse, me donne finalement envie de... réfléchir! Ce qui n'est quand même pas donné à tout le monde, vous en conviendrez.
C'est donc un album teinté d'une certaine nostalgie, qui fait la part belle au temps, à la distance et à la pensée.

Fink, "Distance & Time"
A écouter également l'excellent "Biscuits For Breakfast"

vendredi 16 janvier 2009

Fa Fa Fa Fa Fashion

Initiales J.J.
Forcément ça vous rappelle quelque chose et forcément vous vous dites, c'est bon, le concept a été usé jusqu'à la corde et le mieux pour tout le monde serait de le laisser reposer en paix (le concept, pas le monde!).
Et vous n'avez pas tort, sauf que, y'a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. De ce fait, vous concédez à réviser votre jugement, ou du moins vous cherchez à mieux connaître ce duo français exilé à Londres.
A première vue, c'est plutôt chic, à l'écoute c'est carrément classe (20 L 07). Eh oui, on ne change pas une équipe qui gagne.
Ouvertement inspiré par la crème de la musique française et la scène underground issue de la célèbre Factory, le duo se plaît à nous donner une vraie leçon de style. Et ça marche. Tant et si bien qu'on se met à révasser aux futurs clichés qu'on ne manquera pas de prendre lorsqu'on aura enfin réussi à convaincre notre moitié que la musique... c'est chic!

John & Jehn, "The Debut Album"

jeudi 15 janvier 2009

Winter Spring

La simplicité affichée de cet opus aurait de quoi en détourner plus d'un qui chercherait quelque divertissement musical, capable de satisfaire sa fantaisie du moment. Et pourtant, Dieu sait que l'habit ne fait pas le moine, aussi austère soit-il (l'habit, pas le moine!).
La leçon a beau être apprise depuis longtemps, j'en connais plus d'un qui détournerait le regard pour beaucoup moins. Grave erreur, Grand Archives est tout sauf ce que laisse présager la pochette. A l'intérieur, c'est le printemps, et quel printemps! Jamais la nature ne vous paraîtra plus radieuse que lorsque vous aurez entendu cet hymne, véritable cantique à la saison séminale (Setting Sun ; Sleepdriving ; Louis Riel).
D'ailleurs, si les sons de Grand Archives étaient des couleurs, il y en aurait vraisemblablement pour tous les goûts. Vert, jaune, rouge, blanc, turquoise, orange, etc...
Et si en définitive vous vous retrouvez sans plus savoir à quel moine se vouer, c'est que vous aurez sans doute songé à ressortir votre imprimé préféré et qu'il fait -5 degré dehors...

Grand Archives, "The Grand Archives"

mercredi 14 janvier 2009

Jewel

Un petit bijou de musique folk, voilà ce que cet album m'inspire. Difficile de faire plus authentique et plus précieux. Déposé dans mon coffret, il y a à peine quelques semaines, je n'ai pas résisté longtemps au charme de ce bel ouvrage.
Pour la peine, je l'écoute presque chaque jour, et rien ne semble pouvoir l'altérer. La matière est si noble et la maille si travaillée, que je suis presque certaine de pouvoir l'écouter longtemps encore.
Les voix sont fragiles, presque lointaines, et l'instrumentation traditionnelle. Le jeu est simple, dépourvu d'effets. Mais le résultat est délicat, d'une extrême finesse. On aurait vraiment tort de se priver de ce joyau ciselé dans la plus pure tradition folk, par des mains expertes (seize au total). En attendant, il n'est évidemment pas question pour moi de vous prêter le mien, mais si j'étais vous, je songerais sérieusement à me le faire offrir.

Shoreline, "Time Well Spent"

lundi 12 janvier 2009

Free Sounds

Voici un album qui est venu compléter ma modeste collection, il y a quelques années déjà. Elu par hasard après diverses écoutes, alors que je me trouvais coincée entre plusieurs auditeurs, aussi exaspérés que moi par l'inconfort du lieu, j'étais finalement repartie avec, convaincue que celui-ci était le bon. Ce qui m'avait surtout frappé et sans doute intrigué, c'était l'étrangeté des sons qui me parvenaient et qui, associée à la vue de mes contemporains, m'avaient fait songer que décidemment la vie était vraiment bizarre.
S'agissant de la musique de Leila, je découvrais que le qualificatif, bien que simpliste, n'était pas le plus mal choisi. On se trouve en effet projetté au coeur d'un laboratoire sonore, qui de titres en expérimentations diverses, saura séduire l'oreille la plus réservée. Car une fois apprivoisée, pas de doute, l'écheveau musical de la dame a de quoi en ravir plus d'une, notamment ce titre To Win Her Love que je trouve particulièrement réussi.
On comprend mieux l'invite initiale Courtesy Of Choice, et on se met à penser que décidemment la liberté musicale est bien la meilleure chose qui soit arrivé à Leila.

Leila, "Courtesy Of Choice"

Body & Soul

Songez que j'ai découvert ce jeune homme un soir de pluie et de brouillard, sur l'autoradio d'un ami qui pour l'occasion avait eu la bonne idée de me dédicacer le somptueux Marianne You've Done It Now.
Je décidais que la découverte ne serait pas de courte durée et qu'il importait que je me penche sur la discographie de cette voix chaleureuse et inspirée. Je découvre alors un album qui me fait immédiatement songer à tous ceux pour qui la réussite tient en deux mots "Puissance et Gloire".
Et je me dis, en voilà un qui aura su habilement -consciemment ou pas d'ailleurs- détourner ce slogan à son avantage.
Car pour Vandaveer, la vérité est ailleurs.
Un peu de dépouillement, une dose de simplicité et beaucoup de présence vocale, ni plus ni moins. A-t-il seulement idée, ce doux plaisantin, qu'il vient de conquérir mon âme et mon corps (cela va sans dire) en deux secondes top chrono.
Sans doute pas, et c'est tant mieux, ça me laissera le temps de travailler mes arabesques, que je veux parfaites, si tant est qu'un jour, et pour la seule beauté du geste, je sois capable d'autant de grâce.

Vandaveer, "Grace & Speed"

Very Superstitious

Encore une qui croit aux miracles, doublée d'une monomaniaque. Le chiffre cinq c'est bien connu, ça porte bonheur, comme les cinq doigts de la main! Et si c'était vrai après tout? on serait bien inspirés d'y croire des fois, à toutes ces supersitions farfelues.
Ça nous vaudrait au moins le plaisir de la ferveur - le temps du culte -, juste de quoi nous bercer d'illusions avant de rejoindre le banc des insoumis.
Quoiqu'on en pense, Eleni Mandell elle, ne nous aura pas attendu pour s'en faire tout un monde de ces mirages. Là voilà qui nous les sert sans détours et sans fausses notes (Beautiful ; Wings In His Eyes) avec la voix chaude et le phrasé dignes des plus grandes séductrices hollywoodiennes. Les yeux dans les yeux. On en demandait pas tant, mais sa voix nous submerge d'un tel contentement ravi qu'il n'est même plus question pour nous de songer à autre chose qu'à repasser en boucle les quelques titres, qu'elle aura savamment déposé au bord de nos lèvres, un miracle vous dis-je...

Eleni Mandell, "Miracle Of Five"

dimanche 11 janvier 2009

Young Constellation

Plutôt que de vous parler de la précocité étonnante de ce jeune auteur-compositeur et interprète, et sans être tentée d'y voir le signe annonciateur d'un miracle en devenir, je m'astreindrai à vous suggérer de vous fier à la couverture de la pochette, qui à elle seule résume assez bien l'état d'esprit de cet album.
Et pour cause, elle n'est qu'un signe de plus des talents du jeune homme qui, non content d'exceller dans son domaine, trouve encore le moyen d'élargir son terrain de jeu.
L'image et le son entretiennent-ils des rapports si étroits qu'il faille pour alimenter l'un s'inspirer de l'autre?
Pour Louis Aguilar en tout cas, c'est une évidence, à laquelle on souscrit sans complexe au vu du résultat.
C'est dire si l'imagination a ici la part belle, car il en faut, pour livrer à la manière des conteurs d'autrefois une poignée de titres tour à tour facétieux (Short Stories), rêveurs (Fairy tales ; So High; Soon A Star) ou plus lucides (Alone when The Weeks End ; The right To Love You).
Puis on se dit que le ciel est ses mystères n'ont jamais cessé d'inspirer les hommes, mais que seuls quelqu'uns savent y voir ce que d'autres négligent, pour finir par avoir envie d'y croire, à ses belles histoires...

Louis Aguilar, "Cloud Blowin' Child"

Folk Complexion

Le blanc aurait pu être ma couleur préférée, mais c'est un fait qu'il ne me va pas au teint. Je me contenterai donc de conseiller à celles que le sort a doté d'une sombre carnation, d'en user audacieusement, tant il me semble que l'éclat de cette teinte peut être séduisant.
Cette réflexion ne paraît pas s'être posée à l'insondable Emily Jane White, pour qui se recouvrir d'un voile immaculé, à défaut d'une mine réjouit, est une façon propice de signifier que le désenchantement n'est pas loin.
La voix est amère mais pourtant aérienne, elle affleure, et pourtant elle est un souffle. C'est dire si l'inspiration vient de loin, sans oublier l'hommage (Bessie Smith), en passant par l'expiation notoire de ses amours déchues (Hole In The Middle ; Blue ; Wild Tigers I Have Known).
La damnée a tout d'une grande et ses influences gothiques n'y sont pas étrangères. Mais c'est du folk qui se joue ici, sur la scène de ses démons intérieurs, qui comme autant de cordes pincées finiront par avoir raison de nous. Alors, si vous n'êtes pas à la fête, à la manière d'Emily, songez à revêtir un voile blanc, on n'aura pas l'audace de vous trouver la mine défaite.

Emily Jane White, "Dark Undercoat"

Holy Job

Encore une découverte inopinée, de celle qui commence par un titre évocateur, un peu mystique, presque loufouque If Jesus Drove A Motor Home.
On n'a pas fini d'imaginer le tableau qu'on part à la recherche d'autres titres, qu'on découvre tous plus énigmatiques les uns que les autres ( Static On The Radio ; Borrowed Wings ; Phone Booth In Heaven). C'est que l'homme aux mille métiers a de quoi dérouter. Successivement livreur, chauffeur de taxi, mannequin, surfeur, il lui aura fallu emprunter bien des rôles pour finir par s'apercevoir que la voie royale consistait pour lui à livrer ses états d'âme plutôt que ses états de service.
Ce qui n'est pas pour nous déplaire, car le résultat est à la hauteur de la reconversion ( Bluebird ; That Girl From Brownsville Texas). Si l'album semble teinté d'une certaine religiosité, c'est que la vie aura fait de lui un philosophe, heureux de prêcher la musique pour les maux. Tant et si bien qu'après avoir creusé, on se dit que l'Eldorado dont parle Mister White n'est peut-être pas si loin, mais juste au fond du trou.

Jim White, "Drill A Hole In That Substrate"
A écouter également l'excellent "Transnormal Skiperoo"

Lady Doll

N'avez-vous jamais remarqué ces femmes qui, l'âge venant, n'en finissent pas d'arborer un port de tête dédaigneux sans jamais songer à cesser de travestir des traits qui, à force de saillies et contentements mineurs, paraissent comme figés.
Eh bien, permettez-moi de vous présenter l'antithèse de ce portrait si peu flatteur, aux antipodes des classicismes les plus funestes, j'ai nommé l'étonnante Scout Niblett.
Chez la demoiselle, le temps semble être une variable de si peu d'importance qu'on le croirait relégué dans la quatrième dimension.
Son allure mi-femme mi-enfant lui autorise toutes sortes de facéties vestimentaires, à l'image d'un album qui égrène avec malice les réflexions secrètes d'une jeune femme en roue libre. Une voix qui semble muer comme pour mieux poser les bases d'un mantra personnel mille fois répété This Fool Can Die Now, et qui à force de rage et de candeur mêlées, finit par nous convaincre qu'il serait idiot de ne pas lui céder, au risque de voir la belle nous asséner le dernier coup de grâce...

Scout Niblett, "This Fool Can Die Now"

Psychedelic Walk

L'air de rien, au détour d'un lien, voilà que l'album de Sieur Rodriguez vient chatouiller ma curiosité. Le mot génie n'est pas loin et je n'en demandais pas tant. Après quelques recherches plus poussées, je découvre que le qualificatif n'est peut-être pas employé à tort. Même s'il semblerait bien qu'il fasse partie de ceux que l'histoire a préféré reléguer aux oubliettes. Ce qui, à l'écoute de Cold Fact peut paraître surprenant, tant la qualité de chacun des morceaux constituant cette oeuvre presque unique, est évidente.
Cette promenade psychédélique, à laquelle nous convie le prodige, s'étire et s'étend à l'infini, tranquillement rythmée par un tempo mis sous acide. Pour Sixto, c'est évident, le temps s'est arrêté. Pour l'auditeur, c'est une nouvelle ère qui commence, et c'est tant mieux. Un seul titre suffira à faire de lui un converti (Sugar Man ; Rich Folks Hoax ; I wonder) pour longtemps, histoire de rattraper le temps perdu...

Sixto Rodriguez, "Cold Fact"

samedi 10 janvier 2009

She's The Man

Voici un album que le hasard a mis sur ma toile, et qui une fois n'est pas coutume me fait penser que le hasard est une chose éminement bien faite, parfois.
Car c'est chose acquise aujourd'hui, cet album-écrin est une merveille. Dès les premières notes, la voix intemporelle de la belle White aura tôt fait de vous mettre à l'aise. Pas d'excès ni de fureur chez la demoiselle, tout est calme, reposé. De la belle musique donc, avec pour arrière-cour et c'est tant mieux, de sobres sonorités jazzy, trois petites notes de piano et un tempo au plus bas. Mélancolique pour un sou, les paroles nous dressent modestement l'état d'un monde au milieu duquel la frêle demoiselle se sent un peu perdue (Great imperialist State ; The American War), sans vouloir toutefois céder complètement à la morosité ambiante ( Sweetest Love song), mais tout en restant lucide sur ses naufrages existentiels (I didn't Have A Summer Romance ; Roses Are Not Dead).
Mais c'est peut-être là que réside le charme de cet album, dans cette façon si particulière de réunir les tourments les plus intimes aux plus grandes faillites des temps modernes. S'observer pour mieux observer le monde et finir par conclure qu'après tout I'm The Man.

Simone White, "I'm The Man"

Come Back

Partir pour mieux revenir, c'est ce que font ceux qui ont le sentiment de n'avoir plus rien à dire, ceux qui savent que se taire vaut mieux que dire ce que tout le monde sait déjà, au risque parfois d'avoir l'air d'y croire, à ce qu'ils racontent...

Beaucoup de bruit pour rien, voilà le credo de ceux que le silence indiffère. Et c'est bien parce qu'il fait défaut aux bruitistes les plus assidus, que je soupçonne qu'on ait coupé leurs ailes.
Le bruit a des ailes bien sûr, mais c'est le silence qui les fait pousser. Vous en doutez?
Dans ce cas, permettez-moi de vous convoquer à mon banquet musical, le plus frugal qui soit, car il faut bien ça pour pouvoir voler...