samedi 28 mars 2009

Last Chapter

Une fois de plus je me suis laissée mener par le bout du nez, et plutôt que de faire les frais d'une trop grande complaisance, j'ai eu la chance - dans mon malheur - de ne pas avoir vainement cédé aux sirènes diaboliques de dame Shériff. Dès l'introduction, le titre The Story Won'T Persist In Being A Closed Book vous glace et vous transporte. C'est un coup de massue et un coup de maître, c'est un cri déchirant et un murmure étourdissant. C'est aussi sombre que désespéré, c'est presque aussi beau que tragique. La suite est plus enlevée et relève d'un tout autre registre, mais on y retrouve la voix claire et finement posée de son interprète. Dans une veine proche d'une PJ Harvey, on aura le plaisir de savourer les emportements de la dame qui donne soudain le sentiment de n'avoir plus de temps à perdre. C'est pourtant bien ce que le titre liminaire semblait vouloir présager. Et puisqu'après tout les jeux sont faits, qu'importe le prix pourvu qu'on ait l'ivresse ...

Laetitia Shériff, "Games Over"

mercredi 25 mars 2009

Lounge Adventures

Si la pochette - aussi étrange qu'inquiétante -, donne le sentiment qu'un contenu machiavélique s'y cache, et nonobstant le titre - quelque peu déroutant -, imaginez que vos intuitions, vos craintes ou vos phantasmes sont loin d'être fondées. Car à l'écoute de cet ouvrage musical resté discret à sa sortie, vous serez surpris de constater que la tournure heureuse que prend l'ensemble des compositions qui l'habitent est assurément délicieuse. D'un titre à l'autre, la voix masculine de son interprète, chargée de ferveur et d'espoir, sont autant d'hymnes que de tubes. Une sorte de folk-rock teintée d'un lyrisme joyeux et débonnaire, soutenu ça et là par une variété d'instruments aussi divers que le violon, la trompette, le piano ou le synthé. On écoute cet album comme on lit un roman d'aventures, avec le sentiment de découvrir de nouveaux horizons mais tout en ayant la satisfaction d'être confortablement installé et en état de fuir !

Fanfarlo, "Reservoir"

dimanche 15 mars 2009

Monsieur Rêve

D'aussi loin que je me souvienne, Alain Bashung fait partie de ces rares artistes Français qui auront réussi à exercer sur moi une attraction aussi encombrante et désastreuse qu'un Gainsbourg. Encombrante parce qu'impossible de rester indifférente à ses fulgurants élans poétiques, désastreuse parce qu'impossible de ne pas songer à prendre l'artiste pour modèle. Et c'est bien là que le bas blesse. Car qui peut bien songer à vouloir égaler l'élégance et la classe d'un homme qui semble avoir été spécialement conçu pour les incarner. Moi et beaucoup d'autres, sans conteste. Mais c'est que l'homme a ses privilèges, et loin de rechigner à les partager, il n'en demeurera pas moins le dépositaire unique d'un lyrisme made in France. Serti de mots qui enivrent, habillé de lumière et possédé de mélodies envoûtantes, l'homme est paré des trois vertus musicales élémentaires. Celles que d'autres possèdent à l'unité, voire à la paire, souvent pour un temps, pour une saison, une décennie peut-être. Alain Bashung les a possédées toutes, toujours et encore, jusqu'à la fin d'une vie rêvée. Celle qu'il aura imaginé pour nous et à laquelle on se fera un honneur d'oser se conformer, aujourd'hui peut-être encore plus qu'hier.

Alain Bashung, "Fantaisie Militaire"

mercredi 11 mars 2009

Shoes Theory

Pour ceux qui partagent ce sentiment confus mais sincère que d'être coincé dans la ville mais d'appartenir aux champs, ce disque est fait pour eux. Moriarty donne l'impression d'être là pour leur rappeler ce pourquoi il peut être avantageux de porter des bottes, voire leur indique la meilleure façon de les porter. Car, à la ville comme à la campagne les obstacles paraissent assez nombreux pour exiger d'être correctement botté. Grâce à ce combo franco-américain on ne s'étonnera donc plus de fouler le bitume urbain tel un métayer foulant le sol rural et fécond de terres séculaires et reculées. Un vague sentiment de liberté, accompagné d'un franc plaisir à voir s'offrir toute une vaste étendue désertée s'emparera irrémédiablement de nous et nous fera pourquoi pas songer à une possible reconversion. Pour ceux dont l'horizon s'étend déjà en vertes vallées, Moriarty aura au moins l'avantage de leur faire apprécier ceux à quoi d'autres n'auront peut-être jamais le plaisir de goûter, aussi bien chaussés soient-ils. A ceux-là, comme à la faveur du Jimmy éponyme, il pourrait s'avérer utile de méditer sur les charmes insoupçonnés de la vie agraire.

Moriarty, "Gee Whiz But This is a Lonesome Town"

mardi 10 mars 2009

Spirits Can Dance

Il est des divas qu'on attend plus, tant le terme semble appartenir à un autre temps. Une sorte d'époque heureuse mais révolue. Et la plupart de celles qu'on connaît ne donnent l'impression de mériter leur statut que parce qu'on s'imagine que leur âme bienveillante nous parle de quelque endroit inconnu de nous, mais peuplé d'intentions louables et généreuses. A l'image de ces voix qu'elles arborent telle une parure. Si puissantes et si profondes qu'on les croirait venues d'un autre monde. Si la soul music a bien cette qualité que de donner le sentiment d'établir un pont entre deux mondes, il semble nécessaire de reconsidérer ceux qui, plus près de nous - en chair et en os -, se font un devoir d'édifier ces monuments aux corps. Belleruche fait indéniablement partie de cette frange musico-animiste, à qui on aurait cependant confié la beat-box qui manquait à l'époque. Le résultat est aussi surprenant que dansant. Grâce à la voix haute et sucrée de son interprète et à une ligne mélodique ponctuée de beats réjouissants, on a plus seulement le sentiment de communiquer avec d'improbables esprits, mais mieux encore, on se surprend à danser avec eux.

Belleruche, "Turntable Soul Music"

dimanche 1 mars 2009

High Sunday

Echouée sur le canapé du salon, vaguement consciente qu'il est encore tôt et que la semaine vient de se terminer, je m'apprête à passer un dimanche sous les meilleures hospices qui soient. Me voilà donc confortablement installée, en proie aux plus captivantes rêveries. C'est à ce moment-là qu'intervient Elvis Perkins, qui non content de ne susciter chez moi qu'un intérêt limité, aura pourtant réussi avec ce seul titre While You Were Sleeping, - qui me parvient d'abord confusément puis clairement excellent - à brouiller définitivement les connexions synaptiques de mon cerveau endormi. La journée commence très bien, très haut même, et c'est mieux que tout ce que j'aurais pu espérer. La suite est d'autant plus appréciable qu'elle commence ainsi, sans promesse apparente, mais chargée de voix enchanteresses pour qui veut bien les entendre, "oh oh, oh oh".

Elvis Perkins, "Ash Wednesday"